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Reuters, 27 décembre 2007

Pakistan : Benazir Bhutto a été assassinée

par Robert BIRSEL, Kamran HAIDER, Jean-Philippe LEFIEF et Henri-Pierre ANDRE


Benazir Bhutto pendant une réunion électorale, dans le district de Rahim Yar Khan, le 24 décembre 2007

ISLAMABAD (Reuters) - Jeudi 27 décembre 2007, alors qu’elle quittait une réunion électorale, à Rawalpindi, Benazir Bhutto a été assassinée. Un kamikaze a ouvert le feu sur elle, la touchant en pleine tête, avant d’activer sa charge explosive. L’opposante, qui était âgée de 54 ans, est morte après son transfert dans un hôpital de Rawalpindi. Une quinzaine de ses partisans ont également payé de leur vie leur engagement à ses côtés.

Pakistan


Benazir Bhutto était née le 21 juin 1953 dans une riche famille de propriétaires terriens. Son père, Zulfikar Ali Bhutto, fut président, puis Premier ministre du Pakistan, avant d’être renversé, en juillet 1977, par Zia Ul-Haq, et exécuté deux ans plus tard. Formée à Harvard et à Oxford, Benazir Bhutto avait pris une dimension nouvelle à la mort de son père. L’"héritière" recueillait ses dernières volontés et serait désormais sa légataire et sa continuatrice. Par son seul prénom, qui signifie "l’unique", elle devenait le chef de file de tous les opposants au régime militaire de Zia Ul-Haq. Arrêtée, assignée à résidence, elle s’exilait une première fois à Londres où elle réorganisait le PPP, fondé par son père. En avril 1986, elle regagnait triomphalement le Pakistan pour assister à l’inhumation de son frère Shahwanaz, mort dans des circonstances floues, dans le sud de la France. Aux foules qui l’accueillirent alors, elle promettait de rétablir la démocratie et devenait le symbole de la lutte contre le pouvoir militaire.

Zia Ul-Haq

Deux ans plus tard, la mort de Zia Ul-Haq dans un mystérieux accident d’avion, en août 1988, bouleversait la donne. A l’âge de 35 ans, le 2 décembre 1988, après la victoire du PPP, Benazir Bhutto était nommée à la tête du gouvernement. Son arrivée aux affaires était saluée par le monde entier qui y voyait le retour de la démocratie dans un pays en proie depuis onze ans à une dictature militaire. Mais sa première expérience du pouvoir tournait court. En 1990, cible d’accusations de corruption, elle était limogée. Son retour au pouvoir, en octobre 1993, n’allait guère être plus heureux. Le 5 novembre 1996, de nouvelles accusations de corruption lui coûtaient une nouvelle fois sa place. En 1999, Benazir Bhutto et son mari, qu’elle avait nommé sous son deuxième mandat ministre des Investissements, étaient condamnés à cinq ans de prison assortis d’une amende de 8,6 millions de dollars pour corruption, reconnus coupables d’avoir accepté des pots-de-vin versés par une entreprise suisse. Commençait alors une nouvelle vie d’exil. Leur condamnation avait été ultérieurement cassée en appel, mais Benazir Bhutto, qui se trouvait à l’étranger lors du procès en première instance, choisissait alors de ne pas rentrer au Pakistan. En 2006, elle avait rejoint l’Alliance pour le rétablissement de la démocratie, où elle côtoyait Nawaz Sharif. Mais les deux rivaux étaient en désaccord sur la stratégie à suivre et Benazir Bhutto décidait de négocier seule avec le général-président. L’ex-chef du gouvernement (1988-1990 puis 1993-1996), qui n’exerçait plus de responsabilité depuis dix ans, n’avait guère perdu de son charisme et, à 54 ans, demeurait l’une des femmes politiques les plus connues de la planète.

Benazir Bhutto

"En ce moment, je ne pense pas à la mort", disait Benazir Bhutto, à l’heure de rentrer au Pakistan, après huit années d’exil. Celle qui fut la première femme à diriger le gouvernement d’un pays musulman se savait menacée en retournant chez elle. Mais, disait-elle, "je rentre pour le peuple du Pakistan". "J’ai préparé ma famille et mes proches à toute éventualité", confiait-elle encore avant de regagner son pays. A peine était-elle rentrée d’exil, le 18 octobre, que la chef de file du Parti du peuple pakistanais (PPP) était déjà la cible d’un attentat suicide. L’attaque avait fait près de 150 morts parmi les centaines de milliers de personnes venues l’accueillir à Karachi. Brièvement assignée à résidence, en novembre 2007, alors que le président, Pervez Musharraf, venait de proclamer l’état d’urgence, Benazir Bhutto était repartie en campagne électorale en vue des élections législatives du 8 janvier 2008. Finis les contacts et les approches en vue d’un partage du pouvoir avec Pervez Musharraf, dont elle réclamait désormais la démission. "Il est temps qu’il parte. Il doit démissionner de la présidence", disait-elle, le 13 novembre. "J’ai mis ma vie en danger, je suis rentrée parce que je sentais que ce pays était en danger. Les gens sont inquiets, mais nous sortirons ce pays de la crise", déclarait-elle, jeudi 27 décembre 2007, quelques minutes à peine avant sa mort. L’homme qui a ouvert le feu sur elle, dans un parc de Rawalpindi, ne lui en aura pas laissé l’occasion. "Cet acte est l’oeuvre de ceux qui veulent désintégrer le Pakistan, parce qu’elle était un symbole d’unité. Ils ont achevé la famille Bhutto. Ce sont les ennemis du Pakistan", a déclaré à Reuters un haut responsable de son parti, Farzana Raja.

Robert BIRSEL, Kamran HAIDER, Jean-Philippe LEFIEF et Henri-Pierre ANDRE

Le lieu de l’attentat contre Benazir Bhutto, à Rawalpindi, le 27 décembre 2007

Le lieu de l’attentat contre Benazir Bhutto, à Rawalpindi, le 27 décembre 2007

Le lieu de l’attentat contre Benazir Bhutto, à Rawalpindi, le 27 décembre 2007

Le lieu de l’attentat contre Benazir Bhutto, à Rawalpindi, le 27 décembre 2007

Le lieu de l’attentat contre Benazir Bhutto, à Rawalpindi, le 27 décembre 2007

Le lieu de l’attentat contre Benazir Bhutto, à Rawalpindi, le 27 décembre 2007

Un partisan de Benazir Bhutto, sur le lieu de l’attentat, à Rawalpindi, le 27 décembre 2007

AUTEURS 

  • Robert BIRSEL, Kamran HAIDER, Jean-Philippe LEFIEF et Henri-Pierre ANDRE

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